lundi 22 février 2016

                       


                              LA GRANDE TOUR

Quand j'étais petite, me lever à 3h du matin était une fête. Quand mes parents me réveillaient en plein coeur de la nuit, c'était synonyme de vacances. J'adorais casser la routine et prendre la route en pleine noirceur. Je me couchais sur la banquette arrière avec mon oreiller et je regardais les lampadaires allumés défiler le long de l'autoroute. Nous étions pratiquement seuls sur les grandes artères filant vers l'aventure. C'était pour moi un aussi grand bonheur que pour n'importe quel grand voyageur même si notre destination était Charlevoix ou l'Abitibi. Juste le fait de préparer des bagages et partir me procurait un grand plaisir.

Alors aujourd'hui, lorsque je dois me réveiller à 2,3h du matin, 2 à 3 fois par mois, ce n'est pas une torture pour moi. Car au volant de ma voiture filant sur l'autoroute presque déserte, voyant défiler les lampadaires allumés, je me retrouve finalement dans le même état d'esprit. J'ai une petite valise dans le coffre arrière sauf qu'au lieu de me diriger vers l'aéroport ou tout autre lieu de vacances, c'est le travail qui m'appelle. Mais le sentiment de liberté qui m'envahit est le même. Mes pensées ont le loisir de voguer à la dérive. J'apprécie ce calme dans l'habitacle de ma voiture et comme ambiance, la radio retransmet de douces mélodies que je fredonne gaiement.

Arrivée à destination, je gare mon véhicule boulevard René Lévesque au pied de la grande tour de Radio-Canada. Cette tour qui fait partie du paysage de Montréal depuis des lustres. Je ne peux croire qu'elle risque de disparaître. Cette institution, tel un emblème dans l'est de la ville qui s'illustre fièrement près du pont Jacques Cartier depuis 1973 créera bientôt un trou dans notre champs visuel tout comme les tours jumelles l'ont fait dans la grosse pomme en 2001.

La tour, ses bâtiments et tout le terrain sont à vendre pour la modique somme de 104 millions. À qui la chance?