mardi 21 mai 2019
UNE HISTOIRE DE MATELAS
J'aurais pu attendre les hasards de la vie mais puisque j'avais déjà 1/2 siècle... il a bien fallu que je m'adapte aux nouvelles façons de trouver l'amour...
Marc et moi avons d'abord été en contact à cause ou grâce à un fameux site de rencontre. Je m'y suis inscrite pour 1 mois, juste pour tester la chose. Avec le recul, force est d'admettre que ce fut un 39$ bien investi!
Donc, on s'écrivait à l'occasion et Marc ne me mettait aucune pression pour que l'on se voit. J'en voyais un autre et je voulais voir comment ça évoluerait. Je n'avais pas envie d'en fréquenter plusieurs à la fois et d'être toute mêlée. Ce qui me faisait peur dans le fait de fréquenter plus d'un homme à la fois c'était de me tromper, genre " Tu sais l'autre fois quand on est venus ici..."
"Non! Je ne suis jamais venu ici!" Vraiment, les double et triple fréquentations, je n'étais pas à l'aise avec ça. J'ai mis de l'ordre dans mon tableau de chasse puis j'ai consulté mes soeurs. Je leur ai montré des photos de Marc (Marc 3) et leur ai parlé de lui, comme il paraissait zen et patient. Depuis 1 mois, il prenait de mes nouvelles régulièrement mais attendait tout simplement le bon moment pour me lancer une invitation. ( il mettait peut-être de l'ordre lui aussi dans son organigramme) Il disait que la vie met les choses en place, qu'il ne fallait rien forcer. J'aimais son attitude et sa philosophie.
Donc, sous les recommandations de mes soeurs, j'ai proposé à la vie de mettre la table et j'ai invité Marc à diner. Nous nous sommes vus au RÉVEIL MATIN à Rosemère, un mardi midi.
Je l'ai trouvé très "en shape" et très bel homme pour ses 55 ans mais je l'ai aussi trouvé très sérieux. C'était la gêne ou sa face de police habituelle? Il était à la retraite de la SQ depuis 4 ans et il travaillait désormais à son compte comme photographe, principalement en immobilier. On peut sortir le gars de la police mais peut-on sortir la police du gars?
J'avais de forts préjugés face aux policiers. Je les trouvais souvent machos et peu cultivés. Mais c'était sans savoir que Marc entretenait des préjugés semblables envers les "coiffeuses" ( pour ne pas dire "quéfeuses"). Superficielles et peu cultivées!
Son côté artiste et homme rose a contrebalancé l'idée que je me faisais des officiers de l'ordre. À force de discuter, on a bien vu qu'on avait beaucoup de conversation, des intérêts communs et plus de culture qu'on aurait pu imaginer J'ai découvert qu'il avait fait beaucoup de travail sur lui-même au courant de sa vie et il mettait en pratique des principes qui me rejoignaient.
Après notre diner sur la terrasse, il m'a reconduit à ma voiture et il a fait 2 choses que je déteste et qui auraient pu carrément ruiner les chances que l'on se revoit. Il m'a prise dans ses bras, m'a fait tourner comme une toupie jusqu'à m'étourdir et lorsqu'il m'a déposée, il a mis sa langue dans mon oreille. J'ai horreur de ça! Ouach! Mais lorsque j'ai pris place dans ma voiture, j'avais un gros sourire étampé dans le visage! Il avait voulu créer un impact et même si je jugeais que ça avait été un peu maladroit...je devais admettre qu'il avait réussi à semer quelque chose dans mon esprit.
Nos rencontres suivantes ont été intenses mais parsemées de mystère... Marc ne se montrait pas tel qu'il était vraiment. Son discours me rendait perplexe. Il disait: "Pourquoi tout le monde cherche à entrer dans le même moule? Pourquoi vivre en couple absolument?"
Que devais-je penser? Recherchait-il une union libre et ouverte? Préférait-il demeurer célibataire? Et que faisait-il sur un site de rencontre s'il ne voulait pas être en couple? Je me questionnais et je le trouvais difficile à cerner...mais c'était sans savoir à ce moment-là qu'il avait eu de mauvaises expériences avec des femmes un peu trop désespérées et donc qu'il me testait.
Les 4, 5 premières rencontres, je me disais à chaque fois que c'était la dernière fois, que ça ne mènerait nul part. Mais une petite voix en moi me disait de creuser davantage, d'être patiente...et la fois suivante était toujours plus agréable que la précédente. J'ai réussi à saisir sa sensibilité, toucher à sa vulnérabilité. J'ai aperçu une petite entaille où j'ai pu m'immiscer. Ça me rappelle la belle citation de Leonard Cohen "there's a crack in everything, that's how the light gets in". (il y a une craque en tout, c'est comme ça que passe la lumière)
Une fois confortables l'un avec l'autre, nous nous sommes enfin montrés tels que nous étions et nous avons plongé!
On avait eu un parcours amoureux très différent mais finalement les mêmes désirs pour notre prochaine relation. Avec grande surprise et bonheur, nous avons découvert toutes les affinités que nous avions en commun. Et j'ai su apprécier ses grands talents dans le rangement. J'ai compris ce que 26 ans comme officier de l'ORDRE voulait dire. Je ne peux plus me permettre d'être traineuse et j'adore finalement vivre dans un environnement épuré et toujours bien rangé. (plus d'enfants, ça change tout!)
Pendant l'été 2018, où nous nous sommes rencontrés, été de canicule, je n'ai dormi chez lui qu'une seule fois. Il avait un appartement sans air climatisé et un matelas mou qui, malgré le fait qu'il favorisait les rapprochements par le fait qu'il creusait au centre, était très inconfortable. Sur son profil du site de rencontre, il aurait pu écrire...
" Homme cherche femme avec air climatisé et matelas ferme"
C'est ce qu'il a trouvé chez moi! Ha! ha!
Nous nous sommes rapidement aperçus de nos goûts communs pour les escapades, les voyages, la cuisine, le sport et les séries télé.
Nous aimons beaucoup passer du temps ensemble mais nous avons aussi tous deux un côté solitaire avec nos intérêts personnels. La lecture et l'écriture pour moi. L'entrainement physique et la photo pour lui.
Sans le savoir, il m'a fait cocher oui à toutes les cases de ma longue liste d'exigences. Ça fait déjà 1 an qu'il est dans ma vie. Il l'a transformée et embellie. Il a tout pour me plaire. Alors après 1 an, voici mon constat...
On partage un matelas (confortable) où on s'aime, où on dort en cuillères, où on flâne le matin (parfois) et où on se parle de tout et de rien. On rit beaucoup ensemble. On a tous les deux un côté "bébé". On est jeunes de coeur. Ça me donne espoir en une vieillesse heureuse, à sauter sur un matelas!
lundi 6 mai 2019
LE JOUR DE LA MARMOTTE
Enfin le printemps est arrivé. Les visites à mon père sont moins ennuyantes, on peut aller marcher ou se balancer dans la cour intérieure. Les gens sont de meilleure humeur.
Sur son étage, tous les résidents souffrent de problèmes cognitifs. Les quiproquos et les situations cocasses sont monnaie courante! Mon père, prenant tout à coup un air un peu triste, me partagea son chagrin...Il me dit que sa bonne amie Ghislaine à côté de laquelle il mange à chaque repas n'était pas là ce midi. D'après lui, elle était partie pour ne plus jamais revenir. Je le rassurai.
" Papa, comme à chaque dimanche, elle est partie chez sa fille pour la journée. Tu la verras demain."
Il me regarda, pas très certain..." Tu crois?"
Nous sommes entrés dans la grande salle communautaire où on faisait jouer de la belle musique. Mon père et moi avons pris place à côté de deux dames charmantes. Janine et Andrée. La semaine d'avant, j'avais été témoin d'une altercation entre Janine et une préposée. Janine était en crise et s'était montrée très agressive envers la pauvre préposée. Elle l'avait insultée, l'avait traitée de tous les noms. Elle avait péter sa coche solide! Aujourd'hui, Janine semblait de bien meilleur poil. Je me suis présentée aux deux dames et une discussion s'est amorcée.
Janine me raconta qu'elle n'avait eu aucun enfant. Elle aurait pourtant aimé en avoir comme sa propre mère qui en avait eu 7.
5 garçons et 2 filles. Janine était l'ainée. Andrée, elle, me raconta qu'elle avait eu 3 enfants. 3 garçons. Et qu'elle était grand-mère de 3 petites-filles. Je demandai à Andrée où elle avait vécu avec sa famille. Elle me répondit qu'elle avait vécu à St-François.
Décidément, mon père suivait plus notre conversation que je le croyais..."Nous, nous avons eu 3 filles!"
Décidément, mon père suivait plus notre conversation que je le croyais..."Nous, nous avons eu 3 filles!"
Janine enchaina rapidement. " Moi, ma mère a eu 7 enfants. 5 garçons et 2 filles. Je suis l'ainée. On vivait à Montréal-nord, tout près de l'école et de l'église. On était si heureux chez nous. On était 7 enfants. 5 gars et 2 filles! Mais moi, j'ai pas été capable d'en avoir. Pourtant ma mère en a eu 7!
Andrée renchérit. " Nous, on était 5 enfants. 3 filles et 2 gars. Moi, j'en ai eu 3. 3 garçons qui m'ont donné 3 petites-filles. Comme j'aimerais pouvoir les garder encore..."
Janine me raconta alors comme si c'était la première fois qu'elle aurait beaucoup aimé avoir des enfants. Sa mère en avait eu 7.
5 gars et 2 filles. Elle était l'ainée. Ils vivaient à Montréal-nord près de l'école et de l'église. Elle et son mari n'avaient jamais réussi à avoir des enfants. Zéro, niet!
Andrée fut alors si fière de me dire qu'elle avait eu 3 garçons qui lui avaient donné 3 petites-filles. Chez eux, ils étaient 5 enfants. 3 filles et 2 gars. Qu'ils avaient vécu à St-François.
Janine me demanda si j'avais des enfants. "Oui, bien sûr! J'ai 2 grands enfants. Une fille de 27 ans et un garçon de 24 ans!"
Janine s'empressa alors de m'apprendre...
" Nous, on demeurait à Montréal-nord, près de l'école et de l'église. Juste à côté. Y'avait beaucoup d'action chez nous car on était 7 enfants. 5 gars et 2 filles! Ma mère en a eu 7 et moi, zéro. J'aurais tellement aimé en avoir, mais ça jamais marché. Je suis allée à l'hôpital, ils m'ont fait passer tous les tests mais n'ont pas pu me dire pourquoi je ne réussissais pas à en avoir. Pourtant ma mère en a eu 7!"
Je me tournai vers mon père, me retenant pour ne pas rire. Il semblait beaucoup apprécier la musique, une certaine nostalgie se lisait sur son visage. Il affichait un air mélancolique.
" À quoi tu penses papa? Tu sembles préoccupé"
" Je pense à mon amie Ghislaine. Elle est partie, elle n'était pas là ce midi. Je ne crois pas qu'elle reviendra."
" Bien sûr papa, elle est sûrement chez sa fille pour la journée. Tu la verras demain."
" Pas sûr..."
Janine, qui désirait attirer à nouveau mon attention m'informa qu'elle, elle aurait tellement aimé avoir des enfants. Ils étaient chanceux ceux qui recevaient la visite des leurs.
" J'ai jamais été capable d'en avoir. Pourtant ma mère en a eu 7.
5 garçons et 2 filles. J'étais l'ainée. On demeurait à Montréal-nord , juste à côté de l'école et de l'église."
" Bon! Je pense qu'on va aller faire un tour nous autres, en papa!"
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