ENTRE LE RÊVE ET LA RÉALITÉ
Mon père était un écrivain autodidacte, un homme qui s'intéressait beaucoup à l'actualité, à la politique, il aurait fait un excellent journaliste. C'était un artiste dans l'âme dans sa façon poétique de jouer avec les mots ou dans ses travaux manuels qui sortaient de l'ordinaire. Il était ingénieux et faisait de la récupération avec toutes sortes de petits objets anodins. Il gossait du bois, faisait des modèles réduits dans des bouteilles, confectionnait des crèches et personnages.
Je parle de lui au passé même s'il est encore vivant. Il a 86 ans et il est en très bonne santé physique. Il est droit, n'a mal nul part et ne prend aucun médicament mis à part une patch pour ralentir l'évolution de la maladie d'Alzheimer.
Si je parle de lui au passé c'est que lui, tel qu'il était n'est plus là. La maladie a changé sa personnalité. Il ne lit plus et regarde très peu de télévision. Il n'a plus de conversation. Son monde a rapetissé. On a dû faire le deuil du père qu'on a connu, celui qui était un aidant naturel exemplaire pour ma mère, celui qui nous a transmis de grandes valeurs humaines...
Lui aussi doit faire des deuils. Il a d'abord perdu son permis de conduire. Puis 1 an plus tard, on a dû lui confisquer son vélo parce que la police l'avait intercepté (en vélo) sur la voie de service de l'autoroute. Il aimait énormément prendre des marches, aujourd'hui il est confiné au 3e étage d'une résidence pour personnes en perte d'autonomie. Il peut sortir seulement s'il est accompagné car il pourrait se perdre.
On a pas d'autres choix que d'accepter les ravages que fait cette terrible maladie. Petit à petit, jour après jour cet homme qui était si intelligent désapprend tout! C'est une maladie qui est très difficile pour les proches. Elle nous fait vivre du découragement, de la frustration et beaucoup de tristesse. La personne qui en est atteinte doit vivre beaucoup d'anxiété et d'insécurités. Doit se trouver très déboussolée pendant la période ou elle est encore consciente avant d'arriver à un point d'insouciance bienfaisante.
Mais cette maladie donne aussi lieu à des moments cocasses. Parfois vaut mieux en rire!
Lorsque je changeais les draps du lit Queen de mon père pour les laver, il m'expliquait à chaque fois qu'il n'était pas nécessaire de laver le côté droit. Il me faisait à tout coup la démonstration de la façon qu'il se mettait au lit. Il pliait le couvre-lit en deux en rabattant un côté sur l'autre. Il voulait me montrer qu'il ne salissait qu'un côté. Je lui disait alors en riant : " ok, as-tu une paire de ciseaux? Veux-tu qu'on coupe les draps en deux?" Les gens atteints d'Alzheimer ont des idées fixes et obsessives. Ils oublient rapidement certaines choses mais compulsent sur d'autres. Ils gardent en mémoire les détails qu'on préfèrerait qu'ils oublient.
Un jour que je terminais de lui couper les cheveux, il proposa d'aller chercher la balayeuse rangée dans le placard. Il est revenu avec la planche à repasser. Il ne sait plus à quoi sert certains objets. Lui faire comprendre des choses ou lui en prouver une autre est peine perdue. Avec une personne avec de tels problèmes cognitifs, il faut user de patience et de bon jugement. Ça ne donne rien de leur prouver qu'on a raison ou qu'ils ont tord, ça ne fait que les bouleverser davantage. Vaut mieux dire comme eux à moins que leur sécurité soit en jeu.
Toute nouvelle directive ou explication est donnée vainement. C'est un peu décourageant et à l'encontre de nos pratiques régulières mais il faut garder en tête que ce n'est pas de la mauvaise volonté qui fait que la personne atteinte d'Alzheimer n'enregistre plus certaines informations ou en oublie rapidement d'autres mais que c'est la maladie qui détruit des fonctions cérébrales.
J'ai donné deux belles vestes à mon père à Noel. Il était content, il les aimait bien. Début janvier, aucune trace des deux vêtements. Disparues. Il les avait peut-être jetées ou données? Qui sait? C'est un peu décevant! Deux fois il a perdu son partiel. Allons-nous lui faire faire d'autres dents? On se pose la question... Tout change de place, tout disparait!
Il perd son jugement, sa logique, la notion du temps et développe des tocs. Mais il a toujours sa joie de vivre et se contente de peu. Il apprécie tout ce que l'on fait pour lui. Il est reconnaissant. Il faut respecter ses limites et ses besoins. Il n'est pas si malheureux, c'est à nous à s'adapter à sa nouvelle réalité.
Mais aller magasiner avec lui est drôle et épuisant à la fois. Une de mes soeurs et moi avons décidé d'aller lui dénicher au moins deux nouvelles paires de pantalons. (ses préférés avaient disparus). J'étais dans la cabine avec mon père pendant que Chantal allait vérifier les modèles et les grandeurs. Il en a essayé six paires. On en a retenu deux qui lui faisait très bien. Un noir et un gris. Chantal alla reporter les modèles qui ne faisaient pas. J'avais le gris sur le bras pendant qu'il enlevait le noir. tout à coup, il regarde le gris :
" celui-là je peux l'essayer?"
" tu l'as essayé papa, il te fait très bien!"
" je veux l'essayer encore, je ne me rappelle pas"
Il l'essaie, se regarde dans le miroir et constate qu'il est de la bonne longueur et qu'il lui fait bien au niveau des fesses. Puis, il me regarde, je tiens le pantalon noir sur mon bras.
"celui-là, je peux l'essayer?"
" tu viens juste de l'essayer papa, il te fait très bien aussi. On va prendre les deux!"
" je peux l'essayer, je ne me rappelle pas..."
Et ça recommence!
On a beau identifier ses vêtements, tout fini par disparaitre. Mais la semaine passée, on a découvert le pot aux roses...
Sa nouvelle copine, une résidente qui a aussi des problèmes cognitifs a des projets plein la tête et mon père étant très bonasse et naif embarque là-dedans comme cheval au vent. On a donc retrouvé certains de ses vêtements dans une valise dans la chambre de la dame.
Pour quelle raison exactement....mais oui... Ils partent en voyage!
On est pas au bout de nos peines mais...ça a le mérite de nous divertir!
jeudi 24 janvier 2019
mardi 8 janvier 2019
10 CHOSES QUE MES 30 ANS DE MÉTIER EN COIFFURE M'ONT APPRISES
Après une trentaine d'années dans le domaine de la coiffure, j'adore encore autant mon métier et je me sens privilégiée. Alors aujourd’hui dans ce nouveau billet, je partage avec vous les 10 choses que mes 30 ans de métier m'ont apprises.
1- Se faire confiance
La confiance vient avec l’expérience. Plus on se fait confiance, plus on dégage de l'assurance et plus on développe sa créativité. Tout vient d"abord d'une bonne communication entre la coiffeuse et son (sa) client (te). Si on a pas gagné la confiance du ou de la cliente, on ne peut rien en retirer de bon.
2- Maîtriser son art
En coiffure il faut régulièrement suivre des formations, se mettre à jour. Les techniques évoluent et les produits changent constamment. Il faut savoir bien les utiliser afin de bien les maîtriser. Tout est une question de pratique. Il n'y a que ça d'important surtout au début, pratiquer, pratiquer, pratiquer.
Et même après 30 ans de métier, on a toujours des choses à apprendre.
3- Etre plus créative
Pour développer sa créativité, il faut savoir sortir de sa zone de confort. Voir au-delà du style que porte une personne depuis toujours. Mais il faut avouer que certaines personnes nous inspirent plus que d'autres. Ce qu'il y a de plus excitant et de plus gratifiant: coiffer pour un événement spécial, bal, mariage, gala. On fait vraiment éclater notre créativité lorsqu'on nous donne carte blanche.
4- Mettre son ego de côté
Etre au service de...veut aussi dire respecter les décisions de notre clientèle. Les gens ont parfois envie d"essayer un autre coiffeur ou un autre salon. Il ne faut pas le prendre personnel surtout si on a toujours fait de son mieux. Si on garde une attitude noble, on est récompensée le jour ou cette personne revient sur notre chaise ( et ça arrive souvent)
5- Etre psychologue mais pas trop
Il y a une bonne part de psychologie dans le domaine de la coiffure. On est tributaire des débalancements hormonaux, des mood swings, des bad hair day et des problèmes de tout et chacun.
On reçoit bien des confidences mais il faut se protéger. Savoir mettre ses limites. Premièrement pcq on est pas qualifiée pour ça et deuxièmement on ne peut pas charger les mêmes honoraires qu'un psy.
On a parfois affaire à des gens qui ne sont pas bien dans leur peau, qui se sentent insécures ou qui ont la crise capillaire facile. En matière de comportements déplacés ou frisant le ridicule, je pourrais écrire tout une brique...
6- Prendre soin de sa santé
Plusieurs personnes qui étudient en coiffure ne font finalement pas plus de 2,3 ans dans l'industrie. Si on veut pratiquer notre métier longtemps, il est primordial de prendre soin de soi.
Bien manger et pas seulement le soir après une grosse journée de travail. Boire beaucoup d'eau
( même si certains jours, on a pratiquement pas le temps d'arrêter pour aller aux toilettes)
Et surtout ne pas boire que du café!
Porter des souliers confortables. Bien dormir. Faire de l’exercice afin d'optimiser notre niveau d’énergie.
Bref, être disciplinée!
7- Accueillir cette source intarissable d'informations
C'est tout un avantage de rencontrer autant de gens de tant de sphères d’activités différentes. Oui, maintenant il y a google mais c'est tellement plus plaisant d’échanger, d'avoir des conversations intéressantes et pouvoir en prime obtenir de pertinentes informations sur une tonne de sujets. Vous savez toutes les questions gênantes qui ne concernent ni un médecin ni un psy. Lorsqu'on ne veut pas non plus laisser de traces sur les forums de discussion sur internet, il y aura toujours une cliente qui connaîtra la réponse tant souhaité!
8- Dire la vérité
On a rien à gagner à promettre des miracles si on sait au fond que c'est mission impossible. Si la santé du cheveu est notre priorité, il faudra dire à la cliente qui a les cheveux colorés noirs et qui souhaite devenir blonde que ça ne se fera pas en une journée. Tout comme pour Rome.
Et pour celles qui nous demandent de les passer entre deux, dans un p'tit trou, il faut dire la vérité, non, on ne peut pas en 15 minutes étirer de longs cheveux frisés et épais.
9- Choisir ses batailles
Travailler avec des femmes c'est un peu comme élever des ados. On fait face à des êtres régis par leurs hormones. Il y a les particularités de chacune, les caprices, les attitudes, les humeurs, les impatiences. Vaut mieux choisir ses batailles, se concentrer sur l'essentiel, soit la bonne entente, le travail d'équipe et la bienveillance. Et surtout apprendre à ne rien prendre personnel.
10- Composer avec les photos PINTEREST
Oui, on peut s'inspirer des million d’idées qu'on trouve sur internet mais lorsqu'une cliente arrive avec un chef-d'oeuvre capillaire d'un modèle avec la chevelure parfaite et une coloration impressionnante parce que captée sous un projecteur qui renvoie un éclairage plus que parfait, on peut facilement se sentir incompétente si on essaie de reproduire ça sur une tète et une chevelure qui se trouve a mille lieux du dit modèle. C'est toujours délicat de devoir mettre une cliente devant une réalité dont elle n'avait pas conscience. La ligne est parfois mince entre le rêve et la réalité et à d'autres occasions, l'étendu d'un territoire!
Il n'y a rien de mieux que de simplement sublimer la beauté naturelle!
Sur ce, je retourne à ma clientèle...
Après une trentaine d'années dans le domaine de la coiffure, j'adore encore autant mon métier et je me sens privilégiée. Alors aujourd’hui dans ce nouveau billet, je partage avec vous les 10 choses que mes 30 ans de métier m'ont apprises.
1- Se faire confiance
La confiance vient avec l’expérience. Plus on se fait confiance, plus on dégage de l'assurance et plus on développe sa créativité. Tout vient d"abord d'une bonne communication entre la coiffeuse et son (sa) client (te). Si on a pas gagné la confiance du ou de la cliente, on ne peut rien en retirer de bon.
2- Maîtriser son art
En coiffure il faut régulièrement suivre des formations, se mettre à jour. Les techniques évoluent et les produits changent constamment. Il faut savoir bien les utiliser afin de bien les maîtriser. Tout est une question de pratique. Il n'y a que ça d'important surtout au début, pratiquer, pratiquer, pratiquer.
Et même après 30 ans de métier, on a toujours des choses à apprendre.
3- Etre plus créative
Pour développer sa créativité, il faut savoir sortir de sa zone de confort. Voir au-delà du style que porte une personne depuis toujours. Mais il faut avouer que certaines personnes nous inspirent plus que d'autres. Ce qu'il y a de plus excitant et de plus gratifiant: coiffer pour un événement spécial, bal, mariage, gala. On fait vraiment éclater notre créativité lorsqu'on nous donne carte blanche.
4- Mettre son ego de côté
Etre au service de...veut aussi dire respecter les décisions de notre clientèle. Les gens ont parfois envie d"essayer un autre coiffeur ou un autre salon. Il ne faut pas le prendre personnel surtout si on a toujours fait de son mieux. Si on garde une attitude noble, on est récompensée le jour ou cette personne revient sur notre chaise ( et ça arrive souvent)
5- Etre psychologue mais pas trop
Il y a une bonne part de psychologie dans le domaine de la coiffure. On est tributaire des débalancements hormonaux, des mood swings, des bad hair day et des problèmes de tout et chacun.
On reçoit bien des confidences mais il faut se protéger. Savoir mettre ses limites. Premièrement pcq on est pas qualifiée pour ça et deuxièmement on ne peut pas charger les mêmes honoraires qu'un psy.
On a parfois affaire à des gens qui ne sont pas bien dans leur peau, qui se sentent insécures ou qui ont la crise capillaire facile. En matière de comportements déplacés ou frisant le ridicule, je pourrais écrire tout une brique...
6- Prendre soin de sa santé
Plusieurs personnes qui étudient en coiffure ne font finalement pas plus de 2,3 ans dans l'industrie. Si on veut pratiquer notre métier longtemps, il est primordial de prendre soin de soi.
Bien manger et pas seulement le soir après une grosse journée de travail. Boire beaucoup d'eau
( même si certains jours, on a pratiquement pas le temps d'arrêter pour aller aux toilettes)
Et surtout ne pas boire que du café!
Porter des souliers confortables. Bien dormir. Faire de l’exercice afin d'optimiser notre niveau d’énergie.
Bref, être disciplinée!
7- Accueillir cette source intarissable d'informations
C'est tout un avantage de rencontrer autant de gens de tant de sphères d’activités différentes. Oui, maintenant il y a google mais c'est tellement plus plaisant d’échanger, d'avoir des conversations intéressantes et pouvoir en prime obtenir de pertinentes informations sur une tonne de sujets. Vous savez toutes les questions gênantes qui ne concernent ni un médecin ni un psy. Lorsqu'on ne veut pas non plus laisser de traces sur les forums de discussion sur internet, il y aura toujours une cliente qui connaîtra la réponse tant souhaité!
8- Dire la vérité
On a rien à gagner à promettre des miracles si on sait au fond que c'est mission impossible. Si la santé du cheveu est notre priorité, il faudra dire à la cliente qui a les cheveux colorés noirs et qui souhaite devenir blonde que ça ne se fera pas en une journée. Tout comme pour Rome.
Et pour celles qui nous demandent de les passer entre deux, dans un p'tit trou, il faut dire la vérité, non, on ne peut pas en 15 minutes étirer de longs cheveux frisés et épais.
9- Choisir ses batailles
Travailler avec des femmes c'est un peu comme élever des ados. On fait face à des êtres régis par leurs hormones. Il y a les particularités de chacune, les caprices, les attitudes, les humeurs, les impatiences. Vaut mieux choisir ses batailles, se concentrer sur l'essentiel, soit la bonne entente, le travail d'équipe et la bienveillance. Et surtout apprendre à ne rien prendre personnel.
10- Composer avec les photos PINTEREST
Oui, on peut s'inspirer des million d’idées qu'on trouve sur internet mais lorsqu'une cliente arrive avec un chef-d'oeuvre capillaire d'un modèle avec la chevelure parfaite et une coloration impressionnante parce que captée sous un projecteur qui renvoie un éclairage plus que parfait, on peut facilement se sentir incompétente si on essaie de reproduire ça sur une tète et une chevelure qui se trouve a mille lieux du dit modèle. C'est toujours délicat de devoir mettre une cliente devant une réalité dont elle n'avait pas conscience. La ligne est parfois mince entre le rêve et la réalité et à d'autres occasions, l'étendu d'un territoire!
Il n'y a rien de mieux que de simplement sublimer la beauté naturelle!
Sur ce, je retourne à ma clientèle...
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