mardi 26 avril 2016

                                      UNE VIRÉÉ ABITIBIENNE

Mes parents vieillissant ne pourront peut-être plus refouler la terre de leur jeunesse. J'ai donc pendant quatre jours été leurs yeux, leurs bras et leurs mémoires. Mon père m'avait demandé de prendre des photos de notre ville natale, La Sarre qui fêtera ses 100 ans en 2017. Le spectacle de chorale de ma cousine avec l'excellent chanteur et musicien Patrick Norman fut le prétexte idéal pour me lancer dans cette aventure.

Dimanche, j'aurais pu travailler au Gala Artis . Bien sûr j'aurais beaucoup apprécié me retrouver dans ce monde ''glam'' entourée d'artistes plus chics les uns que les autres. Mais j'avais décidé de décrocher de tout et je l'assumais pleinement. Et en fin de compte me retrouver en famille avec toute la chaleur humaine que j'ai ressenti, les rires, les accolades et l'accueil extraordinaire de chacun a  rendu mon weekend inoubliable.

Un ''road trip'' où des liens se tissent, des échanges savoureux se partagent et que les souvenirs d'enfance refont surface, ça n'a pas de prix! J'ai une famille élargie exceptionnelle. Du bon monde comme on dit. Des gens simples, généreux et aimants. Chez chacun d'entre eux, je me suis sentie bien, à l'aise et confortable. J'ai dans ma famille des gens de cœur, des gens vrais et authentiques.

J'aurais très bien pu y passer toute ma vie si mes parents en avaient décidé autrement en 1969. Car tous les étés où j'y suis retournée, j'appréciais le rythme de la vie là-bas. La tranquillité sur la ferme de mes grands-parents à gambader dans les champs , me promener en quatre roues, jaser avec les vaches qui avaient toutes un prénom ou jouer dans les cages à poules. J'ai vu des petits veaux naître. J'ai vu l'entraide. J'ai vu le dévouement. Et surtout beaucoup d'amour!

J'ai la chance de venir d'une famille tissée serré. Où les valeurs familiales sont primordiales. Là où  l'essentiel est dans les choses simples, sans fla fla  sans chichi, à la bonne franquette! Et les gens de là-bas ont beau être plus isolés, plus retirés par rapport aux grands centres, ils sont actifs, ouverts sur le monde, plusieurs voyagent beaucoup, ont des multitudes de projets et d'activités. La génération suivante, celle des jeunes, est belle. Pleine de projets et d'ambitions. Certains partent loin pour étudier et ceux qui le peuvent reviennent dans leur région pour y bâtir carrière et famille. Ils ont compris que ce qu'ils ont besoin pour être heureux se résume à la proximité et à l'amour des leurs.

J'ai croisé des cousins et cousines que je n'avais pas vu depuis longtemps. Des gens inspirants, optimistes et courageux. Des gens qui s'impliquent dans leur communauté, qui veillent sur les aînés et qui se dévouent pour leur enfant handicapé. Des gens humbles mais combien ''grands''. Et des paroles profondes me restent en tête , des regards vrais me transpercent, des gestes m'inspirent...

Ayant à nouveau puisé dans mes racines, je reviens donc ressourcée et énergisée, prête à continuer à parcourir le sentier de ma vie.

mardi 5 avril 2016

                                            VIVRE DANS LA NUIT


18h30  Je range tout dans la cuisine. Je récure les chaudrons. Je remplie le lave-vaisselle. Un coup de torchon, deux coups de balai. Et hop! Je me fais couler un bain. Mes vêtements bien préparés, je n'aurai qu'à sauter dedans au levé. Un dernier petit tour des médias sociaux. (Nouveau rituel des années 2010) . Je me brosse les dents et gobe deux petits comprimés de Mélatonine 5 mg.

Il faut beaucoup de discipline pour s'attaquer aux horaires de travail très tôt aux aurores. Je lève mon chapeau à tous ceux qui ont des horaires de travail atypiques et surtout ceux  avec de jeunes enfants .

19h30  Quelques minutes la tête sur l'oreiller me suffisent. Je plonge dans les bras de Morphée. Heureusement.

2h Am  Mon radio- réveil m'extirpe d'un rêve agréable. Le volume un peu trop fort. Mon conjoint en est légèrement incommodé. IL se retourne dans le lit et replonge dans un sommeil profond. Le chanceux! Je bondi hors du lit et m'enferme quelques minutes dans la salle de bain. Le temps de glisser dans mes vêtements et de me faire une mise en beauté express. Un peu, pas trop. Juste assez pour ne pas faire peur. Je me brosse les dents et les cheveux. Je me prépare un lunch en 5 minutes. Et croise mon fils de 21 ans autour du garde-manger qui lui,  attrape quelque chose à grignoter juste avant d'aller au lit.

''Allo, bonne nuit''

2h30 J'enfile mes bottillons, mon manteau chaud (encore!), un foulard, des gants. Je débranche mon cell qui était sur sa charge. Le glisse dans mon sac à main que je porte en bandoulière. Agrippe ma valise que j'avais laissé sur le bord de la porte. Ha! oui! Mon lunch.

2h35 Je sors. Il fait noir comme chez le diable. Il fait froid comme en Janvier. Hé! On est en Avril! Mais comme j'aime ce moment seule dans ma voiture. Seule dans les rues, seule ou presque sur l'autoroute où je file à 112 km/h envoûtée par la musique qui m'accompagne.

2h55  En roulant sur Décarie, un souvenir de jeunesse me revient en mémoire. J'ai 17 ans, mon copain est au volant mais n'a pas encore trop trop le sens de l'orientation. On veut se rendre au centre-ville de Montréal. Moi, me pensant bien bonne en remarquant la sortie Sherbrooke, je lui dis d'aller à droite, que le centre-ville est à l'ouest. On  roule, on roule mais on ne trouve jamais le centre-ville. Et quand on revient sur nos pas, il est désormais temps de rentrer, l'heure du couvre-feu va bientôt sonner!

3h10 Je me gare devant la grande tour bl. René Lévesque. Le vent souffle fort. J'ai hâte de me réfugier au chaud. À l'intérieur, les corridors sont déserts. Je n'entends que le bruit des roues de ma valise rouge qui frottent sur le tapis rugueux. De chaque côté du long corridor qui mène à la salle de maquillage, des casiers sont alignés comme à l'école. Des souvenirs du secondaire refont surface. Appuyée contre un casier similaire et me faire flirter entre deux cloches. Puis courir à un cours les bras chargés de livres. Tenter de me concentrer sur la matière quand tout ce que j'ai à l'esprit sont ce regard et ces mots qu'un jeune garçon (que je crois un homme) m'a lancé comme autant de promesses que les premiers bourgeons du printemps.

3h15  Je m'installe à mon poste de la brigade beauté. Rapidement, les animateurs arrivent les uns après les autres, une chroniqueuse culturel, un gars des sports, la fille de la météo, de l'actualité, tous pimpants, allumés, informés, fins prêts.

4h55 Dernières retouches avant le début du show. J'enjambe les fils, contourne les caméras et sous les projecteurs je replace une mèche, en fixe une autre pendant que les animateurs installent et ajustent leurs oreillettes et leurs micros dans un calme olympien. Ils maîtrisent leur art. L'émission est rodé. Tout est calculé au quart de tour. 30 secondes. Chacun prend sa place sur le plateau. 10 secondes. Bientôt l'équipe entrera dans le foyer des gens pour les informer surtout, les accompagner et les divertir. Tant de gens seuls le sont moins grâce aux émissions du matin. Tel un rituel, ces gens que les téléspectateurs ont l'impression de connaître, entrent dans leur vie. Et je suis heureuse d'y contribuer. Faire ma petite part. Jouer un rôle. Servir. Ainsi, être aux premières loges des nouvelles. C'est euphorisant, instructif et enrichissant.

Je me sens au cœur de la vie et de la ville. Au cœur de l'action et de l'actualité. Je ne peux pas être plus à jour. Et bien qu'il y ait plus de mauvaises nouvelles que de bonnes, je me sens happée par tant d'informations. Ça m'interpelle, ça m'intéresse, ça me brusque et ça m'offusque. Mais jamais ne me laisse indifférente. C'est la société d'aujourd'hui au quelle je fais partie. C'est la vie. C'est ma vie.