SOUVENIRS D'ADOLESCENCE
J'avais 14 ans. Ma meilleure amie de l'époque se prénommait Caroline. On avait l'air de deux sœurs jumelles, pas à cause de traits similaires mais parce qu'on s'habillait de la même façon et que l'on se coiffait pareil. Deux chevelure blonde, la raie au milieu et chaque côté balayé vers l'arrière à la Farah Fawcett. On portait nos jeans tellement serrés sur la peau qu'il nous fallait se coucher sur le lit pour les enfiler et on montait la fermeture éclaire à l'aide d'une fourchette. Je me souviens d'avoir eu très mal au ventre en classe à cause de mes jeans trop serré...mais mon truc n'était pas de prendre une taille plus grande mais de m'installer en arrière complètement de la classe et de faire basculer ma chaise vers l'arrière, le dossier accoté sur le mur ainsi mon corps formait un angle de 45 degrés moins douloureux que le fameux 90 degrés auquel on était infligé pendant des heures! Le lendemain lorsque je trouvais que mes jeans avaient agrandis je les envoyais quelques minutes à chaud dans la sécheuse afin qu'il n'y ait plus le moindre pli au haut de ma cuisse! Quelle torture! Ces jeans, je les avais déniché dans un vieux magasins à escomptes sur la rue Chabanel. Caroline et moi prenions trois autobus pour s'y rendre mais ça valait la peine. Avec ces jeans on piquait un chemisier classique dans la garde-robe de notre sœur ainée ( moi, j'en avais deux, Caroline en avait une) et par-dessus un veston court en tweed signé Le Château. Dans les pieds, on enfilait une paire d'escarpins gris pointus, à talons trouvés à bon prix chez Aldo. Voilà, notre look était fait!
Je passais beaucoup de temps chez Caroline. Elle avait une jolie maison moderne et dans la cour, une grosse piscine creusée. Moi, j'habitais dans un haut de duplex , dans un 5 1/2. J'y invitais rarement des amis. La famille de Caroline était spéciale, aujourd'hui on pourrait dire dysfonctionnelle mais à cette époque on n'utilisait pas ce terme. Sa mère s'était suicidée, je ne l'ai jamais connu. Son père changeait de blonde chaque année. Cette année-là, sa blonde s'appelait Francine et elle était enceinte jusqu'aux yeux...mais pas de lui. Son père était bel homme, grand avec une grosse moustache. Il travaillait dans une banque. C'est là qu'il avait connu Francine et le fait qu'elle était enceinte de 8 mois n'avait pas semblé ralentir ses ardeurs...
La chambre du père de Caroline était comme la pièce de Barbe-bleue. Il était strictement défendu d'y pénétrer. Mais lorsque Caroline et moi étions seules chez elle, il nous arrivait d'y entrer pour fouiner. Regarder des livres qui parlaient de sexualité agréablement illustrés ou de feuilleter les albums de photos de famille. Caroline aimait me montrer des photos de sa mère. Un jour, alors que j'étais assise sur le lit de son père ( Oh! malheur!) ma passe d'autobus a glissé de la poche de mon jeans et s'est retrouvée par terre sur la moquette. Lorsque son père la récupéra le soir venu, Caroline se fit gronder sévèrement. Je me sentais mal...c'était de ma faute!
À une autre reprise, on avait invité un garçon même si son père interdisait la présence de garçons. Nous nous étions baignés alors qu'il était défendu de le faire sans la surveillance d'un adulte et ensuite tous les trois nous nous étions préparés un petit snack. Notre ami, dont j'oublie le prénom s'est coupé avec le couteau à pain. Il a nettoyé sa plaie dans la salle de bain et Caroline lui avait mis un pansement adhésif. Lorsque son père est revenu, le garçon avait déjà pris la poudre d'escampette mais le fin renard trouva une goutte de sang dans le lavabo.
-Est-ce une de vous deux qui s'est coupée?
Caroline répondit que c'était moi.
Il demanda alors: - En faisant quoi?
Et toutes les deux, nous avons répondu à l'unisson sauf que... Caroline a dit ''en coupant du pain'' et moi '' en coupant du fromage''. On avait l'air idiotes, notre histoire ne tenait pas la route. On était de très mauvaises menteuses! Je me suis toujours demandée que pouvait faire nos enfants dans notre maison lorsque nous n'y sommes pas. Tout!... À part suivre les consignes des parents en souhaitant qu'ils ne s'aperçoivent de rien!
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