VIVRE DANS LA NUIT
18h30 Je range tout dans la cuisine. Je récure les chaudrons. Je remplie le lave-vaisselle. Un coup de torchon, deux coups de balai. Et hop! Je me fais couler un bain. Mes vêtements bien préparés, je n'aurai qu'à sauter dedans au levé. Un dernier petit tour des médias sociaux. (Nouveau rituel des années 2010) . Je me brosse les dents et gobe deux petits comprimés de Mélatonine 5 mg.
Il faut beaucoup de discipline pour s'attaquer aux horaires de travail très tôt aux aurores. Je lève mon chapeau à tous ceux qui ont des horaires de travail atypiques et surtout ceux avec de jeunes enfants .
19h30 Quelques minutes la tête sur l'oreiller me suffisent. Je plonge dans les bras de Morphée. Heureusement.
2h Am Mon radio- réveil m'extirpe d'un rêve agréable. Le volume un peu trop fort. Mon conjoint en est légèrement incommodé. IL se retourne dans le lit et replonge dans un sommeil profond. Le chanceux! Je bondi hors du lit et m'enferme quelques minutes dans la salle de bain. Le temps de glisser dans mes vêtements et de me faire une mise en beauté express. Un peu, pas trop. Juste assez pour ne pas faire peur. Je me brosse les dents et les cheveux. Je me prépare un lunch en 5 minutes. Et croise mon fils de 21 ans autour du garde-manger qui lui, attrape quelque chose à grignoter juste avant d'aller au lit.
''Allo, bonne nuit''
2h30 J'enfile mes bottillons, mon manteau chaud (encore!), un foulard, des gants. Je débranche mon cell qui était sur sa charge. Le glisse dans mon sac à main que je porte en bandoulière. Agrippe ma valise que j'avais laissé sur le bord de la porte. Ha! oui! Mon lunch.
2h35 Je sors. Il fait noir comme chez le diable. Il fait froid comme en Janvier. Hé! On est en Avril! Mais comme j'aime ce moment seule dans ma voiture. Seule dans les rues, seule ou presque sur l'autoroute où je file à 112 km/h envoûtée par la musique qui m'accompagne.
2h55 En roulant sur Décarie, un souvenir de jeunesse me revient en mémoire. J'ai 17 ans, mon copain est au volant mais n'a pas encore trop trop le sens de l'orientation. On veut se rendre au centre-ville de Montréal. Moi, me pensant bien bonne en remarquant la sortie Sherbrooke, je lui dis d'aller à droite, que le centre-ville est à l'ouest. On roule, on roule mais on ne trouve jamais le centre-ville. Et quand on revient sur nos pas, il est désormais temps de rentrer, l'heure du couvre-feu va bientôt sonner!
3h10 Je me gare devant la grande tour bl. René Lévesque. Le vent souffle fort. J'ai hâte de me réfugier au chaud. À l'intérieur, les corridors sont déserts. Je n'entends que le bruit des roues de ma valise rouge qui frottent sur le tapis rugueux. De chaque côté du long corridor qui mène à la salle de maquillage, des casiers sont alignés comme à l'école. Des souvenirs du secondaire refont surface. Appuyée contre un casier similaire et me faire flirter entre deux cloches. Puis courir à un cours les bras chargés de livres. Tenter de me concentrer sur la matière quand tout ce que j'ai à l'esprit sont ce regard et ces mots qu'un jeune garçon (que je crois un homme) m'a lancé comme autant de promesses que les premiers bourgeons du printemps.
3h15 Je m'installe à mon poste de la brigade beauté. Rapidement, les animateurs arrivent les uns après les autres, une chroniqueuse culturel, un gars des sports, la fille de la météo, de l'actualité, tous pimpants, allumés, informés, fins prêts.
4h55 Dernières retouches avant le début du show. J'enjambe les fils, contourne les caméras et sous les projecteurs je replace une mèche, en fixe une autre pendant que les animateurs installent et ajustent leurs oreillettes et leurs micros dans un calme olympien. Ils maîtrisent leur art. L'émission est rodé. Tout est calculé au quart de tour. 30 secondes. Chacun prend sa place sur le plateau. 10 secondes. Bientôt l'équipe entrera dans le foyer des gens pour les informer surtout, les accompagner et les divertir. Tant de gens seuls le sont moins grâce aux émissions du matin. Tel un rituel, ces gens que les téléspectateurs ont l'impression de connaître, entrent dans leur vie. Et je suis heureuse d'y contribuer. Faire ma petite part. Jouer un rôle. Servir. Ainsi, être aux premières loges des nouvelles. C'est euphorisant, instructif et enrichissant.
Je me sens au cœur de la vie et de la ville. Au cœur de l'action et de l'actualité. Je ne peux pas être plus à jour. Et bien qu'il y ait plus de mauvaises nouvelles que de bonnes, je me sens happée par tant d'informations. Ça m'interpelle, ça m'intéresse, ça me brusque et ça m'offusque. Mais jamais ne me laisse indifférente. C'est la société d'aujourd'hui au quelle je fais partie. C'est la vie. C'est ma vie.
Très agréable à lire Nancie ... je te trouve courageuse ...de vivre ainsi la nuit!La peureuse en mois peur juste à te lire ...😯
RépondreEffacerJe n'ai pas peur mais je suis consciente, prudente et vigilente. Merci de me lire
EffacerJe n'ai pas peur mais je suis consciente, prudente et vigilente. Merci de me lire
EffacerC'est une belle fébrilité et une super belle expérience de travail et de vie! Je suis contente pour toi que tu puisses vivre cela et nous le partager. Merci!
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