dimanche 30 juin 2019
FUGUEURS
Depuis quelques décennies déjà, nous pouvons constater de graves lacunes quant à la sécurité des personnes les plus vulnérables de notre société, les enfants et les ainés.
Soucieuses du bien-être de notre père, atteint de la maladie d'Alzheimer, mes soeurs et moi avons décidé de le placer dans une résidence privée. Mais ce n'est pas parce que le coût est de 4 700$ par mois qu'il est plus en sécurité. ( pensez à Mme Duceppe!)
Cet hiver, un incident malencontreux est survenu à la résidence malgré des mesures de sécurité supposément efficaces.
Mon père et son amie Ghislaine (sa partenaire de danse) ne font pas que danser, ils essaient aussi de fuguer! Tous les jours, ils essaient de sortir dehors. Ils aimeraient être libres d'aller marcher où bon leur semble. Mais l'hiver c'est plus difficile. Il y a de la glace sur les trottoirs et peu d'employés pour les sortir. Ils se frappent donc souvent le nez sur les portes de l'ascenseur. Ils ne peuvent point l'utiliser car ça prend un code. Ils sont confinés à rester sur l'étage à moins de sortir avec un membre de la famille.
Les pauvres! Ils ont enfilé leurs bottes, mis leur manteau et ils reviennent chaque fois bredouilles à leur chambre. Ghislaine est une fugueuse en puissance. Pour sa sécurité, la résidence lui a installé un bracelet anti-fugue à la cheville.
Ce jour-là, mon père et Ghislaine ont réussi à se faufiler dans l'ascenseur avec un visiteur qui n'a point soupçonné qu'il s'agissait de deux résidents ayant des problèmes cognitifs. Il faut dire que ce n'est pas écrit sur leur front et que tous deux paraissent bien. Lorsqu'ils sont bien mis et puisqu'ils ne font pas leur âge, ils ont l'air de gens en visite. Lorsqu'ils sont arrivés au rez-de-chaussé, une nouvelle réceptionniste était en poste. Elle ne connaissait pas mon père, elle a donc cru qu'il était un ami ou de la parenté qui amenait Ghislaine prendre une marche. Ils sont ratoureux et débrouillards ces deux-là. Ils sont donc sortis. Ghislaine voulait aller chez son père. Imaginez, elle a 87 ans! Mon père n'était pas habillé adéquatement pour une température extérieure de -20. Il avait mis son manteau de printemps et n'avait pas de gants. Ils ont marché vers l'ouest, vers l'autoroute sur une distance d'environ 1 km.
Heureusement ce jour-là, ma soeur France était sur la route pour rendre visite à notre père. Habituellement, elle passe par la 117 mais ce matin-là (peut-être guidée par notre mère...) elle a décidé de prendre la 15. En sortant de l'autoroute, elle emprunta une rue où elle a aussitôt aperçu mon père et son amie sur le trottoir. Tous deux étaient gelés et inquiets. Ni l'un ni l'autre n'aurait pu expliquer ce qu'il faisait là ou dire à quel endroit il habite. Être perdus les rend anxieux et vulnérables.
Ce jour-là, mon père et son amie ont eu 2 bonnes étoiles. L'une s'appelait France et l'autre Mado. Si ce n'avait été d'elles, mon père aurait peut-être fait la une des journaux. Depuis cet évènement, la sécurité a été resserrée à la résidence. Il ne faut pas attendre qu'un incident fâcheux survienne avant d'agir. Il faut prévenir les coups et user de bons jugements.
Il y a 2 ans, mon père a été intercepté sur la voie de service de l'autoroute en vélo. Décidément, il a une fixation sur l'autoroute et sur la fuite...devrons-nous lui faire implanter une micro puce de repérage???
À suivre...
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